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Fachforum zur Geschichte des kulturellen Transfers und der transnationalen Verflechtungen in Europa und der Welt

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Diese Rezension wurde redaktionell betreut von: Katja Naumann <knaumannuni-leipzig.de>

Diese Rezension entstand im Rahmen des Fachforums 'Connections'. www.connections.clio-online.net/

1 / 1 Rezension

H. H. Aubert-Nguyen u.a. (Hrsg.): Le Vietnam. Une histoire de transferts

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BeiträgerVân Nguyen, Phi <pn247cornell.edu>
Veröffentlicht am06.01.2017
Zitierweise
Klassifikation
Südostasien
Epochal übergreifend
Transnationale Geschichte, Kulturgeschichte und -wissenschaft
TypSammelwerke
LandFrance
SpracheFrench
Titel:Le Vietnam. Une histoire de transferts culturels
Herausgeber:Espagne, Michel; Aubert-Nguyen, Hoai Huong
Ort:Paris
Verlag:Demopolis
Jahr:
ISBN:978-2-35457-077-4
Umfang/Preis:314 S.

Rezensiert für 'Connections' und H-Soz-Kult von:
Phi Vân Nguyen, Cornell University
E-Mail: <pn247cornell.edu>

L’année France-Vietnam en 2013–2014 a été l’occasion de célébrer de nombreux anniversaires marquant les relations franco-vietnamiennes, comme le soixantième de la conférence de Genève (20 juillet 1954) ou le quarantième anniversaire des Accords de Paris (27 janvier 1973). Parmi les conférences académiques organisées pour marquer l’événement, une rencontre s’est distinguée par son caractère multidisciplinaire. Rassemblés par Hoai Huong Aubert-Nguyen, professeur de littérature à l’université de Versailles Saint-Quentin et Michel Espagne, directeur du LabeX TransferS du CNRS, des chercheurs issus de l’anthropologie, de l’histoire et de la littérature se sont rencontrés autour d’un concept commun: les transferts culturels. La publication des actes de la conférence se destine aux Vietnamiens de France, tout comme aux chercheurs français spécialistes du Vietnam (p. 10). Le but annoncé de ce livre est de remettre en question les représentations classiques du Vietnam comme une contrée exotique ou un conflit sanglant, pour explorer comment ce pays constitue un terrain judicieux pour l’analyse des transferts culturels.

Les cinq sections qui composent le livre réalisent amplement cet objectif. Dans une première partie théorique, Michel Espagne, historien et germaniste à l’origine du concept de transfert culturel et Philippe Papin, expert de l’époque pré-moderne et fin connaisseur du Vietnam, donnent le ton: un transfert culturel ne relève pas d’un simple échange entre deux espaces, mais met en évidence les agents, les objets, les enjeux et les points d’articulations qui les relient. Une seconde partie analyse le transfert des idées; d’une part, comment certaines idées occidentales telles que les Lumières et la religion catholique se sont introduites au Vietnam ; d’autre part, comment le bouddhisme s’est lui aussi renouvelé en France par la pratique de la diaspora vietnamienne. Une partie consacrée aux transferts des savoirs est elle, plus éclectique : elle explore non seulement l’historique de l’École française d’Extrême-Orient, la pratique de la médecine, les réformes ou l’expérience vécue de l’éducation française, mais aussi les réseaux d’échanges dans la seigneurie des Nguyễn entre le 16ème et le 18ème siècle, ainsi que les représentations françaises de la guerre d’Indochine dans la presse. Une quatrième section étudie les arts et la littérature, allant de la peinture, à la poésie jusqu’aux romans, alors que la dernière présente les fonds conservés à la Bibliothèque nationale de France (BNF).

Toutefois, le lecteur averti ne devrait pas s’attendre à une analyse exhaustive du phénomène des transferts culturels au Vietnam. Bien que certains chapitres abordent les échanges entre ce pays et la Chine, le Champa et que l’un d’entre-eux se dédie entièrement au Cambodge, la majorité des chapitres se concentre sur les relations franco-vietnamiennes et par conséquent, sur l’Indochine coloniale ou la diaspora vietnamienne. Il n’y a rien ou presque sur les échanges entre le Vietnam, les États-Unis ou l’Union soviétique. De plus, toutes les périodes ne sont pas analysées. À l’exception du chapitre d’Alain Ruscio, la guerre, qui a été l’occasion de nombreux transferts d’idées, de technologie et de biens, ne fait pas partie de ces études. En outre, deux autres petits défauts se dégagent de la lecture du livre.

Les chapitres sont très inégaux les uns par rapport aux autres. À l’exception de la cinquième partie sur les fonds de la BNF qui doit inévitablement être succincte, certains chapitres s’articulent sur huit maigres pages alors que d’autres en comptent vingt-quatre. Quelques contributions s’accompagnent d’une bibliographie, d’encadrés ou d’illustrations alors que d’autres n’ont pas la moindre note de bas de page. Toutefois, le plus grand contraste concerne la portée scientifique des chapitres. Alors que certains produisent des versions miniatures de recherches existantes ou présentent les résultats de toutes nouvelles recherches, d’autres ne semblent pas particulièrement innovants. En fait, l’objectif de certains chapitres est si vaste, qu’il serait difficile de présenter autre chose qu’un survol de la matière. Par exemple, le chapitre de Pierre Brocheux (pp. 69–79) expose comment la religion catholique s’est introduite au 16ème siècle pour se transformer en une véritable religion vietnamienne en 1945. Si cet aperçu peut être utile à un auditoire non-académique – qui est, je le répète, un public ciblé par le livre –, tout historien ne manquera pas de relever plusieurs omissions, d’autant plus étranges qu’elles viennent d’un historien pour le moins expérimenté et talentueux. Le choix de limiter l’étude en 1945 explique sans doute le fait d’avoir occulté le travail de Claire Trân Thi Liên sur les catholiques pendant la guerre d’Indochine. Il semble beaucoup plus étrange cependant, d’ignorer le travail de Charles Keith sur l’acculturation du catholicisme au Vietnam entre le 19ème siècle et 1954. Car non seulement ce livre a décroché trois prix dans le domaine des études asiatiques, catholiques et de la colonisation française, mais Pierre Brocheux lui-même, en avait fait un compte-rendu détaillé et plutôt élogieux quelques mois auparavant. La volonté de simplifier le propos et d’épurer les notes de bas de page, peut se justifier pour un lectorat non avisé; mais elle est malvenue, me semble-t-il, lorsque le texte se destine aussi aux chercheurs.

Outre ce manque de précision, certains chapitres ne cadrent pas parfaitement avec l’objectif commun d’utiliser les transferts culturels comme cadre d’analyse. Le chapitre d’Alain Ruscio sur les représentations françaises de la guerre (pp. 187–201), relève entièrement de l’histoire culturelle; mais il ne s’attaque pas aux problématiques de médiation, réutilisation ou re-sémantisation, caractéristiques aux transferts. Dépassant largement le cadre cette fois, le chapitre de Veronica Ntoumos sur l’analyse d’un roman dans le Cambodge post-Khmers rouges, tend à confondre la stratification sociale ou le changement historique comme des transferts culturels (p. 279). Ces chapitres ne sont pas les seuls. Leurs imperfections soulèvent plusieurs questions : les présentations de conférence devraient-elles être publiées aussitôt après la rencontre ? Mériteraient-elles d’être remaniées ? Les organisateurs devraient-ils s’impliquer davantage pour assurer un plus grand équilibre entre les chapitres ?

Il n’en reste pas moins que le livre apporte plusieurs contributions significatives pour la recherche. Tout d’abord, il offre des versions abrégées de recherches plus ou moins récentes qui sont utiles pour l’enseignement universitaire. C’est le cas des chapitres sur l’École française d’Extrême-Orient de Pierre-Yves Manguin, la médecine coloniale par Laurence Monnais ou encore, l’excellente et très concise analyse des poèmes de Hà Mặc Tử par Hoai-Huong Aubert Nguyen, qui en plus de nous renseigner sur cet auteur vietnamien des années 1930, révèle comment la différence entre les pronoms français et vietnamiens engage des structures d’énonciations distinctes et par conséquent, de nouvelles significations aux poèmes une fois traduits d’une langue à l’autre. Tout chercheur et thésard trouvera d’ailleurs des informations précieuses dans la description des fonds de la BNF. La présentation des Fonds indochinois de Denis Gasquez par exemple, propose un survol utile de la collection ainsi que des pistes de réflexion intéressantes sur les stratégies employées pour comprendre l’histoire de l’écriture au Vietnam, passant chinois au nôm (écriture démotique), puis au quốc ngữ (utilisant l’alphabet romain et des accents diacritiques). Enfin, ce livre montre comment les transferts culturels nous renseignent sur l’histoire des relations franco-vietnamiennes. Mais il nous indique également comment l’histoire du Vietnam participe à l’exploration de ce concept, à l’instar du chapitre de Philippe Papin lorsqu’il analyse la réutilisation du confucianisme dans l’histoire du Vietnam (pp. 42–43). Dans ce cas précis, la clé de cette réappropriation de ce modèle chinois ne se situait pas tant dans la transformation d’un schéma puisque le confucianisme était repris tel quel, mais plutôt dans les raisons de cette reproduction à l’identique : c’était l’expression d’un désir de se présenter en égal. C’est en raison de ces qualités indéniables que le livre constitue une contribution originale, tant à l’étude des relations franco-vietnamiennes, qu’à l’analyse des transferts culturels.

ZitierweisePhi Vân Nguyen: Rezension zu: Espagne, Michel; Aubert-Nguyen, Hoai Huong (Hrsg.): Le Vietnam. Une histoire de transferts culturels. Paris 2015, in: H-Soz-Kult, 06.01.2017, <http://www.connections.clio-online.net/rezensionen/id=24543>.
 

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